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Soyez le changement que vous voulez voir dans le Monde... (Gandhi)

L'Amour de Soi

L'Amour de Soi

Par Gregory Mutombo

http://lasymphoniedesames.com

Bien chers tous,

L'ignorance de ce que nous sommes est notre plus grande cause de souffrance. Se définir ou s'apprécier au travers du regard d'autrui, s'estimer en fonction du niveau d'amour ou de reconnaissance reçu de l'autre - lui-même le plus souvent ignorant de ce qu'il est véritablement - forment de solides écueils sur lesquels s'échouent nos tentatives de guérison de nos blessures profondes.

Depuis l'enfance, nous avons été conditionnés à placer le curseur de notre valeur intrinsèque sur ce que nos parents, nos proches, nos éducateurs, nos enseignants ont témoigné à notre égard. Dépourvus initialement de cette structure mentale permettant d'opérer un filtre parmi la somme de jugements dont nous avons été de près ou de loin les cibles, nous avons établi la quantité d'amour que nous méritions de recevoir suivant celle qui nous a été offerte ou, plus justement, que nous avons senti entrer en nous. A ce titre, il est à rappeler que l'Amour vrai emprunte parfois des formes que le petit « Moi » turbulent, impatient, rebelle, impulsif et inconscient reçoit comme une sanction, une contrainte ou une privation. Or il y a souvent bien davantage d'Amour contenu dans une rigueur mesurée que dans un permissivité sans bornes. Et ce n'est pas manquer d'Amour que de gronder avec une certaine intensité celui ou celle qui, sachant à peine marcher, s'approche trop près de la falaise...

Il importe peu d'établir, rétrospectivement, la quantité d'Amour que l'on a reçue ou, à l'inverse, la carence affective qui a pu marquer notre passé puisque cette analyse subjective est propre à chacun et que tout est question d'interprétation de l'instant vécu. De deux enfants qui grandissent dans les mêmes contextes peuvent ainsi émerger un premier adulte meurtri, pétri de peurs et de doutes, et un second, quasiment indemne. Notre ancienneté d'âme, notre capacité de résilience et notre degré d'ancrage naturel figurent parmi les principaux paramètres qui influent sur l'inscription des blessures d'Amour en nous. Ce qui a du sens, en revanche, est de sentir en nous, concrètement, tous les espaces qui portent des mémoires de fermeture du cœur, des mémoires de sauvegarde instinctive de notre trésor intérieur, des mémoires liées au non accueil répété de notre nature aimante, joyeuse, paisible qui cherchait juste à s'exprimer sans frein en ce monde.

Ces espaces cloisonnés, emprisonnant une énergie cristallisée, figée dans le passé comme dans de la glace, ont besoin d'être réchauffés par la chaleur directe de notre cœur. Et ne peut guérir que celui ou celle qui emprunte le chemin le plus court entre son cœur et ces capsules de peine, ces poches de souffrance, ces agrégats émotionnels. Ce chemin le plus court est la voie intérieure. Cela revient à dire que tant que nous cherchons à l'extérieur de nous un Amour qui viendrait panser nos plaies, que ce soit dans les bras ou le regard de l'autre, ou encore dans cette anesthésie temporaire découlant de toutes ces compensations multiples dont nous nous gavons jusqu'à l'écoeurement (au sens premier du terme), alors nous nous refusons cet Amour que notre corps physique, par une palette extrêmement large de signaux, pourtant réclame. Et ce que nous nous refusons, par cette implacable loi universelle de résonance, nul ne nous le donnera, quand bien même nous parvenons parfois à nous laisser convaincre du contraire. L'être idéal qui viendrait honorer et aimer à notre place toutes nos parties laissées à l'abandon n'existe pas en dehors de nous-même. Aussi aimant soit-il, l'autre ne pourra jamais combler une faille que nous avons nous-mêmes créée lorsque, vivant une situation estimée difficile, nous nous sommes mis « hors de nous » et avons généré ces excroissances émotionnelles dans lesquelles sont aujourd'hui compactées nos souffrances existentielles.

Par ailleurs, croire que l'on pourrait émaner compassion, Amour universel ou don de soi en s'oubliant au passage est une illusion tenace que certains dogmes religieux ont cherché à entretenir. « Aimer son prochain comme soi-même » n'a jamais signifié « aimer son prochain sans s'aimer soi-même ». Nous ne pouvons donner à quiconque ce que nous ne nous accordons pas au préalable. Amour bien ordonné commence par soi-même... Nos corps denses et subtils sont les filtres au travers desquels notre cœur - le thymus - rayonne l'Amour que nous sommes. Si nous portons en nous des zones qui ne reçoivent pas notre lumière, elles agissent comme des masques obscurcissants qui, d'une part, privent l'autre du rayonnement de notre cœur et, d'autre part, attirent à nous toujours ces mêmes rencontres nous renvoyant ce non Amour de nous-mêmes.

L'Amour de Soi a bien peu à voir avec le fait de s'octroyer tel plaisir, tel agrément ou tel cadeau. L'Amour de Soi a bien peu à voir avec un quelconque rituel d'auto-complimentation.
L'Amour de Soi est une marche intérieure, résolue, inébranlable, courageuse, consciente et vibrante vers tous nos aspects qui portent les marques de l'ignorance et de la séparation et qui, à chaque moment de l'existence, se rappellent à nous sous la forme d'inconforts émotionnels, physiques et psychiques, ressentis dans notre matière corporelle. Cette marche intérieure conduit, à terme, à la manifestation d'un état : l'Amour. En effet, lorsque l'on a enfin dissous ces voiles qui nous empêchaient de contempler notre vraie nature, de goûter notre substance essentielle et de réaliser ce que nous sommes de toute éternité apparaît, en vérité, cette ultime et infiniment joyeuse révélation que le concept même d'Amour de Soi est une absurdité sans nom, fruit de notre insondable ignorance de nous-mêmes : le Soi est Amour.

Gregory Mutombo

http://lasymphoniedesames.com

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